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Note : Voir aussi la page des comptes rendus sur les espèces Phalacrocorax sp. : les cormorans
Contribution de daniel.ventard, daniel.ventard@libertysurf.fr, "et un cormoran de plus", 8 Dec 2000 |
En réponse à Marc GIROUX, sur l'impact du Grand Cormoran en région piscicole:
En Dombes, les grands cormorans chassent sur les petits étangs comme sur les
grands. Or les petits étangs sont destinés à l'élevage des panots et
nourrains, donc des petits poissons, qui subissent les stress de la
prédation, qui sont dérangés et ne se nourrissent pas autant qu'ils
devraient. Ainsi, on peut considérer l'impact de la prédation elle-même
comme moins important que les blessures infligées ou les pertes en tonnages
(les poissons ne grossissant pas normalement).
Le problème a été bien étudié par Monsieur REYMOND, docteur vétérinaire,
alors qu'il était directeur du domaine départemental de Villars les Dombes
(intégrant la Parc, mais aussi des terres et des étangs exploités).
J'ai eu entre les mains cette documentation, que je n'ai malheureusement pas
conservée. Le problème est préoccupant dans la mesure où les étangs dont le
droit de chasse ne pourra être loué (les petits en particulier) seront à
terme remis en culture.
Ceci étant dit, il faut ajouter que les cormorans n'en sont pas seuls
responsables, parce que les français ne mangent guère de carpes et la carpe
dombiste est concurrencée chez les allemands consommateurs, par les
piscicultures des pays de l'est de l'Europe. D'autre part, les cours
n'évoluent pas sur ce marché, ce qui réduit progressivement la marge
bénéficiaire.
contribution de p.renard2, p.renard2@libertysurf.fr, "cormorans: réflexions", 7 Dec 2000 |
Quelques réflexions au sujet de l'étude sur les cormorans.
-Tout d'abord, le fait que toutes les espèces ingérées ne soient pas citées introduit un biais méthodologique: on décide a priori d'exclure une partie des données recueillies (curieux quand on a des prétentions scientifiques) - et le résultat présenté ne peut donc en aucune façon prétendre refléter le régime alimentaire de l'oiseau. La rigueur scientifique impose de s'en tenir à des faits, pas à "imaginer les conséquences" - d'autant que la structure populationnelle des poissons chassés n'est apparemment pas étudiée dans le même temps.
-La prédation d'une espèce sur une autre n'implique AB-SO-LU-MENT PAS que
cette dernière soit menacée. Preuve par l'absurde: les coccinelles mangent
des pucerons depuis déjà quelques centaines de milliers d'années au moins.
Doit-on en conclure que les pucerons vont bientôt disparaître, ou même
qu'ils ne pulluleront plus jamais? Considérer qu'un prédateur menace par
principe ses espèces-proies revient à dire que toutes celles-ci sont vouées
à extermination rapide... auquel cas il serait étonnant que leurs
consommateurs leur survivent longtemps.
...Et doit-on rappeler que la plupart des poissons d'eau douce, brochet,
perche et truite en tête, sont cannibales et s'éliminent d'eux-mêmes dès que leurs densités s'élèvent?
-Au sujet de la taille des poissons pêchés, 40cm sont bien petits pour une anguille ou un brochet: ce dernier ne s'est généralement jamais reproduit à cette taille (la "maille" est à 50) - quant à l'anguille, elle autrement plus menacée par la cupidité abjecte des pilleurs de civelles aux estuaires que par les oiseaux. Cette taille n'est au demeurant pas représentative de la moyenne des proies: on ne peut donc se baser sur elle pour extrapoler les conséquences possibles.
D'ailleurs, ce sont presque toujours aux stades jeunes que se produisent
l'essentiel des pertes des espèces (au moins chez celles prolifiques comme
la plupart des poissons de rivière -"stratèges r" pour les initiés) -mais il
y en a de toute façon à tout âge, par maladie ou prédation. Qu'un gardon
soit pris par un pêcheur ou par un oiseau ne change pas grand-chose pour la
population - surtout si on considère le point de vue du gardon. Le fait que
l'essentiel des proies soit compris dans une certaine fourchette montre
seulement que le cormoran occupe une certaine niche écologique - comme
toutes les espèces vivantes.
Pour ce qui est des poissons blessés, celui qui vient d'échapper à un
brochet ou à un sandre a l'air d'avoir été frictionné avec une planche à
clous: le cormoran ne doit guère faire pire.
-Quant aux arbres tués par les fientes -ce qui est exact- quelle importance? Entre la tempête de l'hiver dernier et les crottes de cormorans, il y a tout de même de la marge. N'importe quelle crue dans une rivière un peu libre emporte chaque année bien plus d'arbres que les déjections d'oiseaux n'en tuent -voir le Cher que j'arpente depuis bientôt trente ans.
-Enfin -ET LA, C'EST UN PECHEUR A LA LIGNE QUI PARLE-, si les sociétés de pêche avaient utilisé l'argent de leurs adhérents à protéger les rivières contre les pollutions et autres "calibrages" qui anéantissent les frayères sur des kilomètres, au lieu de le gaspiller en truites-portions -qui ne font JAMAIS souche-, déversées à pleines bassines la veille de l'ouverture pour raccoler les viandards, les cours d'eau seraient en bien meilleur état. Il y aurait plus de poissons, certainement plus de pêcheurs et plus d'oiseaux aussi, et nul n'aurait besoin de cacher son incompétence en accusant les piafs de tous les maux: ce ne sont tout de même pas eux qui provoquent l'eutrophisation et l'envasement des rivières! Empêcher la reproduction des poissons les fait souvent disparaître bien plus vite que la destruction directe - mais c'est moins facile à dénoncer.
Je suis à la fois pêcheur, ornithologue et écologue de formation. Le grand cormoran est en bon état de conservation -puissent l'aigle de Bonelli et le râle des genêts se porter aussi bien! - et des prélèvements locaux là où des impacts significatifs sont constatés (CAR IL Y EN A, dans certaines piscicultures notamment) ne me dérangent absolument pas: l'espèce peut les supporter. Mais ne faisons pas dire aux études ce qu'elles ne disent pas. La principale conclusion de celle-ci me paraît être que "le grand cormoran consomme des poissons d'une certaine taille et de plusieurs espèces". C'est toujours bon à prendre, mais cela ne préjuge pas du tout de son impact sur les populations.
contribution de Jean-Philippe PAUL, jean-philippe.paul@paca.environnement.gouv.fr, "Re: cormorans", 7 Dec 2000 |
Les écrits ancien concernant les oiseaux sont quand même peu fiable quant aux effectifx...
Je pense que les écrits anciens peuvent être très fiables.
Mais ce qui n'est pas fiable c'est l'argument qui consiste à comparer le
Rhin du XVIème siècle et le Rhin actuel. Dans une telle comparaison,
l'arrivée du Cormoran est anecdotique au milieu des modifications
paysagères, dynamiques et écologiques de la rivière.
De même pour la Suisse du XVIIème siècle.... Dans ce pays, la plupart des
insectivores comme les pies-grièches, huppes, chevêches etc. ont disparu...
les gros coléoptères s'en portent-ils mieux ?
Ces comparaisons sont des faits disons ... intéressants, mais ne peuvent
servir à justifier des actions de "gestion" car les lieux concernés ne sont
plus du tout les mêmes.
contribution de Andre Burnel, A.Burnel@ulg.ac.be, "Re: cormorans", 07 Dec 2000 |
c'est à cause du cormoran qu'il n'y a plus de poissons dans les rivières non !!
Là c'est un argument que je peux comprendre, encore que je serais curieux
de comparer la productivité piscicole de l'étang de Virelles, en Belgique
avant et après les cormorans. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s'agit
d'une réserve gérée naturellement mais l'étang est mis à sec tous les deux
à trois ans et l'ichtyofaune partiellement prélevée.
En ce qui concerne les piscicultures, j'ai parlé d'un mode de protection
par fils tendus au pisciculteur avec qui je suis en contact et qui se
plaignait des cormorans. La réponse est : oui mais on ne peut pas empêcher
les canards de venir car l'étang est aussi loué pour la chasse.
On veut le beurre, l'argent du beurre et, en prime, le sourire de la crémière.
Pêcheur et fréquentant donc des pêcheurs et des pisciculteurs, j'entends répéter cet argument régulièrement. Je ne conteste pas que le contenu des estomacs montre une telle moyenne mais, à l'instar de multiples prédateurs, le cormoran mange-t-il tous les jours ? Comment l'a t-on prouvé ?
La nature est en général bien faite, ce qui lui permet de nous offrir
toutes ses richesses. Si un prédateur se développe de façon excessive,
l'absence ou la réduction de ses proies le mettra tôt ou tard en
difficulté; l'équilibre entre proie et prédateur s'établit donc de
lui-même. Si le cormoran prospère, c'est que ses proies sont en bonne
santé. Laissons-le donc tranquille et n'éradiquons pas tout ce qui semble
gêner et j'insiste sur le "semble". Luttons plutôt contre les véritables
causes de raréfaction des espèces animales ou de modification de leur
comportement : les activités humaines déraisonnées dont la surpêche dans
les eaux territoriales, qui est peut-être à l'origine de l'invasion des
eaux continentales par le cormoran.
[..]
En tant que scientifique, je trouve que la science a souvent bon dos pour
faire passer des extrapolations hâtives. Quant à la référence aux écrits
anciens, voyez ce que cela engendre en Palestine.
contribution de URGE, URGE@wanadoo.fr, "Re: cormorans", 7 Dec 2000 |
en ce qui concerne les espèces prélevées par le grand cormoran, je n'ai cité que des espèces que les pêcheurs considèrent comme ayant une valeur patrimoniale. Mais il arrive bien evidemment que l'oiseau noir consomme du poisson chat. Seulement, même si celui-ci est considéré comme une espèce nuisible, la proportion de "chat" dans l'alimentation du cormoran apparait comme faible. Trop pour que ce cormoran devienne le meilleur ami du pêcheur et du pisciculteur!
A part ça, je trouve que c'est un bel oiseau! Pour les arbres qui meurent à cause des déjections, il faut comprendre que ceux utilisés comme dortoir accueillent plusieurs dizaines d'individus sur un temps assez long. Un arbre dortoir n'est pas joli à voir.
contribution de baup.emmanuel, baup.emmanuel@wanadoo.fr, "Re: cormorans", 7 Dec 2000 |
En sachant qu'un homme (normal) mange.... (j'exclue immédiatement les affamés...)
* environ 400g de viande par jour
* du sucre
* des légumes
* des fruits
* des produits laitiers
Qu'il se regroupe tous autour des centres de distribution de cette fameuse pitance...
Que pour pouvoir "bouffer", il renvoie 1 tonne de déchets par an non dégradable dans la nature....
Qu'il pollue avec sa superbe voiture sponsorisée par total-fina (sic)...
pour se rendre au centre de survie le plus proche...
Je m'autorise à penser qu'un comptage et un tir sélectif devrait permettre de réguler ce nuisible... En ouvrant quelques individus, inutiles... on pourrait faire des statistiques..... de la vérocité de cette espèce....
La nature est un ensemble, toutes espèces vivantes même "inutile au regard d'autres" y tiennent leur place.
La vrai question : pourquoi cette modification du comportement chez les cormorans ?
Il me semble que les discours de la part des fédérations de pêcheurs sont assez réductrices.
La diminution des habitats habituels de l'espèce, l'impact des pollutions sur la reproduction des poissons, la modification du climat sous nos régions sont peut-être des facteurs amenant ce genre de désagréments.
Comme il est facile .... de faire payer les innocents et les faibles. Il est facile de tirer sur les cormorans. Sur les pollueurs, les exploiteurs, les aménageurs de tous poils... on ne peut rien faire... mais ces sales bêtes.... Ah! faiblesse!
A quand une réunion de tous les acteurs , associations de prot., pêcheurs, ONC... pour établir une charte commune pour la protection du milieu aquatique et de toutes les espèces animales et végétales, CORMORANS COMPRIS....
contribution de URGE, URGE@wanadoo.fr, "Re: cormorans", 7 Dec 2000 |
J'entends beaucoup parler du cormoran ces derniers temps alors je vais aussi y mettre ma petite couche!
En ce qui concerne les effectifs, il existe des auteurs du XVIème siècle qui
le décrive comme "rare le long du Rhin" (Gesner, auteur, Suisse). On ne peut
as dire que ce soit toujours le cas. Au XVII, d'autres auteurs précise qu'il
est "de passage en Suisse, Bade-Wurttemberg et Alsace mais qu'il n'est pas un hivernant régulier" (Baldner, 1666). Même Buffon est "heureux" qu'il se
tienne "presque toujours au bord de la mer".
Voilà pour les effectifs.
La consommation maintenant. Le Conseil Supérieur de la Pêche (CSP) est
chargé de faire des études sur le comportement alimentaire de ces charmants oiseaux.
Il se trouve que c'est la délégation régionale de Metz qui fait l'objet d'un
suivi depuis environ 4 ans : comptage et étude des contenus stomacaux.
les comptage se font en partenariat avec l'ONCFS (dernièrement ONC), la LPO
et d'autres associations. On ne pourra pas taxer les pêcheurs de mauvaise
foi! Le cormoran est régulable. On peut le tirer selon des quotas fixés par
le Ministère de l'Environnement. Autant en profiter pour voir ce qui a
mangé. A peine tiré, déjà congelé puis ouvert par des gardes ou techniciens du CSP.
Résultats : environ 40 000 individus en comptages cumulés sur 8 mois
dans les 8 départements de l'URGE (Union Régionale des fédérations de pêche du Grand Est).
les contenus stomacaux révèlent que ces oiseaux
consomment à peu près 450g de poissons par jour et par "piaf". Vous pouvez calculer vous-même.
les espèces prélevées sont variées : gardons, brochets,
ombres, sandre, truite, anguille... Ils pêchent sur tout les milieux.
les tailles des poissons sont comprises entre 8 et 18 cm
en moyenne mais ont a vu des poissons de 40 cm dans leur estomac! Imaginez
l'impact sur la pyramide des ages et sur les futures générations de reproducteurs!
n'oublions pas non plus les poissons blessés qui finiront par mourir!
et leurs dortoirs : de malheureux arbres qui couverts de
fientes finiront eux aussi par mourir
Voilà, on peut me taxer de partialité mais toute mon argumentation repose
sur des faits prouvés scientifiquement et des écrits anciens.
H. BUGUELLOU
coordinatrice de l'URGE
contribution de daniel.ventard, daniel.ventard@libertysurf.fr, "pan sur le bec ", 4 Dec 2000 |
Dire que les cormorans sont plus nombreux parceque "en Hollande et au Danemark on ne les déniche plus dans les falaises pour faire prendre leurs oeufs" ma laisse dubitatif. (...) Mais des falaises en Hollande, il faut que j'y retourne pour voir ça.
Pan sur le bec, tu as sans doute raison... ce ne doit pas être en Hollande !
Je t'assure pourtant que je n'invente rien, ayant "subi" les recherches
documentaires de mon fils (et un peu aidé), alors qu'il était étudiant
vétérinaire, pour la rédaction de sa thèse.
Il devait s'agir du Danemark... mes souvenirs me lâchent.
Les grands cormorans hivernant en Dombes viennent des Pays-Bas mais aussi du Danemark.
Le prélèvement des oeufs, il s'agit d'une information plutôt anecdotique,
qui a probablement été vérifiée en son temps, puisque éditée dans des
articles dépouillés à l'époque (thèse rédigée de 1993 à 1997). Et il était
bien question de l'arrêt de ces pratiques du fait de la protection des lois
européennes. L'augmentation de la population aurait été concomitante avec
l'arrêt des prélèvements des oeufs.
Information qu'il m'est bien impossible de vérifier actuellement.
D'où l'intérêt du débat sur la Liste Ornithologie.
En Saône et Loire, sur le lac de la Sorme, la population de grands cormorans a tendance à augmenter encore cette année. Ils sont passés d'une vingtaine à leur arrivée, à plus d'une centaine à présent.
contribution de Jean-Paul Moulin, jeanpaulg.moulin@wanadoo.fr, "Re : cormorans", 04 Dec 2000 |
L'histoire des oiseaux d'Europe, publié en 1971 par L-J Yeatman fournit
quelques données historiques sur le grand Cormoran. je cite in extenso le
paragraphe consacré aux Pays-Bas, c'est un peu long, mais très instructif :
"C'est aux Pays-Bas que se trouve la plus importante population d'Europe.
Vers 1850 il y avait 3 colonies, en 1926 13 colonies avec 1800 couples, et
1939 le nombre de Grands Cormorans des quatre plus grosses colonies
atteignaient 4000 adultes, 2000 immatures et 5000 poussins. La consommation
de poisson évaluée à 740 tonnes justifia l'intervention des pêcheurs ; avec
celle-ci vint la pénurie de la guerre qui incita à la récolte des oeufs et
des jeunes. Après cette importante saignée, la population remonta,
concentrée dans trois fortes colonies ; on envisageait de nouveau une action
limitative quand le drainage de certains lacs réduisit le nombre des Grands
Cormorans à 600 dans une seule colonie et celle-ci est maintenant protégée."
Commentaires personnels :
Cela fait au minimum 150 ans que les populations des Pays-Bas dépendent
directement, et presque uniquement des activités humaines.
Il y a tout lieu de penser qu'il en est de même pour toutes les colonies
reproductrices d'Europe occidentale, sauf peut-être pour les colonies
installées sur des falaises moins accessibles !
mais c'est vrai que les falaises sont, au moins, rares aux Pays-Bas.
Enfin, concernant les hivernants et l'effet potentiel de la prédation par le
Pygargue, il faut tenir compte du facteur temps : l'établissement d'une
"tradition" de prédation hivernale doit demander de nombreuses années pour
que les comportements évoluent et que les effectifs de prédateurs soient à
la mesure des effectifs "victimes potentielles" et de leur dispersion qui
semble être une conséquence à attendre. Il se peut que le suivi du
comportement des pygargues qui hivernent au Der soit une bonne anticipation
de ce qui se passera ailleurs. La dispersion des grands rassemblements de
Cormorans serait à l'évidence, en fin de compte, favorable à la conservation
de l'espèce. A suivre !
Jean-Paul Moulin 78390 Bois d'Arcy
contribution de Jean-Philippe Turlot, jean-philippe.turlot@wanadoo.fr, "cormorans", 4 Dec 2000 |
Dire que les cormorans sont plus nombreux parceque "en Hollande et au Danemark on ne les déniche plus dans les falaises pour faire prendre leurs oeufs" me laisse dubitatif.
Certes j'ignore tout de l'appétit grandissant des bataves pour l'omelette. Mais des falaises en Hollande, il faut que j'y retourne pour voir ça.
En Alsace le cormorans hivernants sont désormais stabilisés en nombre, et peut-être même en diminution. Qui sait s'ils n'étaient pas aussi nombreux il y a quelques siècles ( il y avait avec un Rhin libre et poissonneux et donc certainement plus de zones humides qu'aujourd'hui), malgré la présence de pygargues nicheurs.
Donc je pense plutôt que l'espèce a refait ses effectifs (comme le héron cendré), au bénéfice effectivement des protections européennes, malgré un appauvrissement des milieux et ressources et de ce fait concentrant plus ses populations hivernantes sur les sites favorables qui lui restent.
Jean-Philippe Turlot. 68-Brunstatt.
Contribution de daniel.ventard, daniel.ventard@libertysurf.fr, "Re: Cormorans", 3 Dec 2000 |
Sans vouloir relancer la polémique sur le caractère "nuisible" ou non des
cormorans, a-ton une explication quelconque du fait qu'ils viennent
désormais massivement à l'intérieur des terres voire s'y sédentarisent ?
"Explosion" démographique ? Si oui, pourquoi ?
Raréfaction du poisson dans les eaux côtières ?
Réponse en forme d'hypothèse:
Les lois européennes protègent toutes les espèces, sauf celles qui sont
déclarées nuisibles et régulées (c'est le cas du grand cormoran en DOMBES).
Auparavant, les Danois et les Hollandais prélevaient une partie des pontes
directement sur les nids situés en falaises pour les consommer. Cela
constituait une sorte de régulation de l'espèce.
A présent, cela étant interdit, l'espèce est en expansion démographique, et
l'oiseau est très malin, ne craint aucun fusillot...
Je me suis toujours posé la question de savoir pourquoi il existe une
différence de plumage entre Phalacrocorax carbo carbo (qui est la forme
atlantique sans tache au jabot) et Phalacrocorax carbo sinensis (qui est la
forme continentale).
Les deux sous-espèces sont-elles issues de la même souches ?
Si oui, pourquoi la forme continentale a-t-elle différencié légèrement son plumage ?
réponse de Didier Godreau, didier.godreau@free.fr, "Re: Cormorans", 1 Dec 2000 |
une des causes probables de ce fort développement est la
modification des habitudes halieutiques en France ( et en Europe ) :
depuis 20 ans, un très fort développement des plans d'eaux
privés, dans lesquels les particuliers et les sociétés de
pêche mettent de grandes quantités de poissons : gardons, tanches, carpes, etc...
La pêche en rivière perd de son interêt, à cause de la qualité très
médiocre des eaux, dùe aux pollutions très nombreuses, agricoles,
industrielles et ménagères : les pêcheurs ont donc très logiquement
transférer leur activité sur des plans d'eaux dont ils peuvent plus facilement
contrôler la qualité , et optimiser leur investissement en poissons de repeuplement.
D'autres critères biologiques doivent expliquer aussi ce developpement ....
contribution de Charles-yvonnick Soucat, cysoucat@mail.dotcom.fr, "Re: Les cormorans sont arrivés ...", 6 Oct 2000 |
Jean-Marie FRENOUX a écrit :
1- Qu'est-ce que ça signifie 33000 cormorans/jour pour l'année ? Comment ce chiffre est-il calculé ?
10 cormorans présents pendant une semaine (7 jours) font 70 cormorans/jour
2- Une petite remarque pour défendre un peu la bête noire, le chiffre de 300000 francs de pertes n'est valable que si l'on considère que tous les cormorans mangent dans des piscicultures des espèces de valeur commerciale, ce qui n'est pas forcément le cas...
Effectivement, ce calcul n'est pas généralisable : c'est néanmoins le cas du Domaine de Lindre qui n'élève que des espèces commercialisables. J'ajoute que le calcul a été fait avec un prix moyen sur toutes les espèces. Il faut donc le prendre comme une indication et non comme un chiffre absolu.
Jean-Philippe PAUL a écrit :
Le point commun à ces deux activités, c'est le terme "extensif". Ce mot
pourra t-il encore qualifier une activité humaine en France en 2010 ?
J'espère sincèrement que oui. Mais la menace sur tout ce qui est
"extensif", c'est l'"intensif", le productivisme, la rentabilité et tous leurs alliés.
Ce ne sont ni le Cormoran, ni le Loup. Je dirais que le Cormoran et le Loup
ont les mêmes menaces que la pisciculture et l'élevage ovin qui pèsent sur eux.
Je suis en grande partie d'accord avec votre réflexion. Le loup n'a néanmoins pas le même impact sur l'environnement au bout du compte. L'espèce cormoran n'est actuellement plus en danger; il est possible que cet état soit précaire, mais je pense sincèrement que l'impact de cette espèce (vu le nombre croissant d'individus et non pas en tant que telle) peut être important sur le milieu à moyen ou long terme. J'espère me tromper.
Je pense également qu'il faut savoir évaluer les incidences d'une décision de protection d'une espèce (au même titre d'ailleurs que chaque action sur l'environnement). L'homme a par le passé joué les apprentis sorciers sans se préoccuper des conséquences sur le milieu (assèchement de marais, aménagement de rivières, arrachage de haies...les exemples sont très nombreux).
Par les mesures correctives qu'il prend, il peut parfois en faire de même, la nature étant souvent beaucoup plus complexe que cela avait été envisagé. Des équilibres se créent se modifient. L'exemple des étangs est à mon avis significatif. La nature magnifique qui y règne est totalement anthropisée. Il en est de même pour la quasi totalité des milieux en France.
Qu'on le veuille ou non l'homme a mis son empreinte partout, parfois avec
bonheur... Il n'y a pas de haie sans agriculture, il n'y a pas de lac du Der
sans Paris, il n'y a pas de marais sans entretien régulier, ni d'étangs...
Laissons faire la nature et de nombreux milieux que nous aimons
disparaîtrons...
Les cormorans peuvent à mon avis représenter une menace pour certains
d'entre eux.
Je peux préciser qu'au Domaine de Lindre nous recherchons des solutions pour
que la cohabitation avec la psiciculture soit possible en testant des
systèmes de protection de la ressource piscicole pendant les phases
sensibles (cages imergées pour l'alevinage, etc...).
Autre interrogation, je vois dans les comptages qu'il ya souvent 2 à 3 fois plus de grèbes huppés que de Cormorans. Le Grèbe ne vivant pas d'amour et d'eau fraîche, son impact a-t-il déjà été mesuré. Est-il négligeable pour qu'on l'oublie dans les polémiques?
L'impact des grèbes, au même titre que l'ensemble des oiseaux piscivores,
existe et a été mesuré. Il apparaît effectivement comme négligeable par
rapport aux cormorans.
Il est amusant de constater l'avolution du combat des pisciculteurs au fil
des ans, notamment dans la presse. On y a combattu successivement les
grèbes, puis les hérons et les mouettes et enfin les cormorans. Si ceux-ci
exaspèrent les psiciculteurs, c'est que tirs et effarouchements n'ont
rapidement aucun effet les cormorans s'adaptant plus que tout autre oiseaux.
jean-luc saint-marc a écrit :
Rien sur les bienfaits de la pisciculture extensive en aval ?
Je ne comprend pas cette phrase? S'agit-il de l'impact des vidanges?
commentaire de Cyrille Deliry , Deliryc64@aol.com, "Re: Les cormorans sont arrivés...", 5 Oct 2000 |
soit environ 300000 francs de manque à gagner pour la pisciculture.
Ben dites donc çà bouffe pour pas cher les Cormorans : moins de 90 centimes
par jour et par Cormoran ! ;-)
Cyrille Deliry (Morestel - 38 / France)
contribution de sebastien raseloued, sebra6@hotmail.com, "Re: les grands méchants loups", 05 Oct 2000 |
Rien de plus à apporter si ce n'est que je suis tout à fait ok avec JP Paul, justement hier soir j'ai eu une discussion sur le thême du loup avec quelqu'un qui s'inquiétait de sa présence pour l'élévage ovin extensif, et je lui ai exactement fait remarqué que ce qui menaçait les petits bergers n'était pas le grand méchant loup à 4 pattes mais plutôt le grand méchant loup à 2 pattes des administrations de Bruxelles, de l'OMC ...Bref les chantres de l'agriculture intensive et du business .
contribution de Jean-Philippe PAUL, jean-philippe.paul@paca.environnement.gouv.fr, "Re: Les cormorans sont arrivés...", 5 Oct 2000 |
A ces remarques pertinentes, j'ajouterais quelques mots...
Les solutions que vous envisagez pour maintenir l'activité piscicole extensive (patrimoniale, alliée de la biodiversité et du maintien des zones humides) comme la régulation de l'espèce ou l'indemnisation des pisciculteurs me rappellent fortement le problème du Loup et de l'élevage ovin extensif.
Dans les 2 cas le prédateur est "nouveau", dans les deux cas il représente une "menace" pour le maintien d'une cativité humaine jugée patrimoniale, traditionnelle et alliée de l'environnement. Dans les 2 cas on trouve les mêmes solutions : réguler ou éliminer le mal, indemniser la victime.
Le point commun à ces deux activités, c'est le terme "extensif". Ce mot
pourra t-il encore qualifier une activité humaine en France en 2010 ?
J'espère sincèrement que oui. Mais la menace sur tout ce qui est "extensif",
c'est l'"intensif", le productivisme, la rentabilité et tous leurs alliés.
Ce ne sont ni le Cormoran, ni le Loup. Je dirais que le Cormoran et le Loup
ont les mêmes menaces que la pisciculture et l'élevage ovin qui pèsent sur eux.
Une solution répond à un problème. Un problème majeur peut être résolu par une solution majeure agissant à l'amont de celui-ci. Les problèmes que rencontrent tout ce qui est "extensif" au XXIème siècle ne trouveront pas de solutions avec du bricolage à l'aval (c'est ce qu'on fait en se focalisant sur le Loup et le Cormoran). Eliminons tous les loups et les Cormorans d'Europe et constatons l'état des populations de poissons et la santé de l'agriculture extensive dans 50 ans...
Autre interrogation, je vois dans les comptages qu'il ya souvent 2 à 3 fois
plus de grèbes huppés que de Cormorans. Le Grèbe ne vivant pas d'amour et
d'eau fraîche, son impact a-t-il déjà été mesuré. Est-il négligeable pour
qu'on l'oublie dans les polémiques?
Jean-Philippe PAUL, Aix-en-Provence.
contribution de Jean-Marie FRENOUX, j-marie.frenoux@...., "Re: Les cormorans sont arrivés ...", 05 Oct 2000 |
Ces deux années là le Domaine de Lindre a accueilli l'équivalent de 33000 cormoran/jour pour l'année
J'ai laissé une petite partie du message original sur laquelle je m'interroge.
1- Qu'est-ce que ça signifie 33000 cormorans/jour pour l'année ? Comment ce chiffre est-il calculé ? N'étant pas très famillier avec cette notation, la première idée qu'il me vient c'est qu'en moyenne il a été observé 33000 cormorans chaque jour de l'année soit un total de 33000 x 365 = 12 millions de cormorans sur l'année !!! Autant dire que j'espère que mon explication est fausse !!!!
2- Une petite remarque pour défendre un peu la bête noire, le chiffre de 300000 francs de pertes n'est valable que si l'on considère que tous les cormorans mangent dans des piscicultures des espèces de valeur commerciale, ce qui n'est pas forcément le cas...
contribution de Charles-yvonnick Soucat, cysoucat@mail.dotcom.fr, "Re: Les cormorans sont arivés...", 5 Oct 2000 |
je me permets d'apporter ma contribution à propos des cormorans. Pour cela,
je me présente : je suis directeur du Domaine de Lindre, ensemble de 13
étangs situés en Moselle, ce qui représente 830 hectares d'étangs dont le
principal, l'étang de Lindre fait 620 ha.
Le Domaine de Lindre est reconnu comme étant l'un des sites les plus
intéressants en France pour l'ornithologie (250 espèces d'oiseaux dont 120
nicheuses). Propriété du Conseil Général de la Moselle, le Domaine de Lindre
a pour objectif la préservation de la qualité environnementale du site,
l'accueil de scolaires pour une découverte de la nature, ainsi que du grand public.
Or les étangs du Domaine de Lindre, créés au Moyen-Age, sont voués à la
pisciculture extensive : c'est le mode de gestion le plus approprié pour
l'entretien du site.
Je me trouve donc dans une situation où la présence de cormorans est à la fois un atout et une contrainte. Loin de vouloir polémiquer, je vous livre en vrac les quelques éléments suivants :
En 1998 et en 1999, des pics à plus de 1000 cormorans ont été constatés. Ces deux années là le Domaine de Lindre a accueilli l'équivalent de 33000 cormoran/jour pour l'année, ce qui représente une consommation annuelle de poisson de 12 à 13 tonnes, soit environ 300000 francs de manque à gagner pour la pisciculture.
Si les prélèvements sont effectués en fin de saison de production piscicole, à savoir à partir de septembre, on peut néanmoins considérer que cela est acceptable (mais il faut vraiment faire un gros effort et être une collectivité!!), que cela représente un pourcentage de la production totale. Mais si les prélèvements ont lieu juste après l'alevinage (hiver, printemps), ce peut être la totalité de la production qui est alors consommée par les cormorans.
De plus, bien qu'il soit un bon pêcheur, il arrive fréquemment que le cormoran rate son coup. Dans ce cas, les poissons sont blessés ce qui engendre des problèmes sanitaires importants (parasitisme). A ce sujet, du fait des blessures occasionnées et de la nature migratoire du cormoran, il peut être raisonnablement suspecté de transmettre des maladies sans pour autant que cela soit clairement prouvé (en tout cas je n'ai pas d'éléments tangibles à ce sujet). En tout cas pour, les pisciculteurs, les poissons blessés ne peuvent être commercialisés pour le repeuplement, faute d'acheteurs.
- la pisciculture extensive en étang produit une très bonne qualité de la nature, du fait de l'entretien des étangs (faucardage, curage, assecs...). En effet, la diversité des milieux (eau, roselières, prairies humides, vases...) est propice à l'installations de nombreuses espèces végétales et animales.
Cet entretien est absolument nécessaire, sinon un étang se comble en un peu moins d'un siècle (envasement) pour laisser place à une forêt humide (qui peut-être jolie malgré tout). Si les étangs ne sont pas voués à la pisciculture extensive, les activités humaines pratiquées (baignade, voile, pêche, chasse...) causent un dérangement important. Les étangs proches de l'étang de Lindre qui sont voués aux loisirs présentent d'ailleurs une faible diversité d'espèces d'oiseaux.
En conclusion, la pisciculture extensive me semble donc une alliée évidente
du maintien de la biodiversité, notamment avec la disparition progressive
des zones humides. A ce propos, on peut noter que le Conservatoire des Sites
Lorrains gère des étangs en les confiant à des pisciculteurs.
Si la pisciculture extensive d'étang disparaît parce qu'elle n'est plus
rentable économiquement, l'impact sur l'environnement risque d'être
considérable.
Les nombreux hectares gérés par la pisciculture extensive coûtent peu à la société pour un bénéfice environnemental fort.
Or il faut bien voir que la prolifération des cormorans représente une
pression forte et donc un risque réel de disparition d'un certain nombre
d'exploitants d'étangs.
Je ne sais pas où se trouve la solution (indemnisation des pisciculteurs,
régulation de l'espèce...) mais si l'évolution actuelle se poursuit, ce sont
de nombreux milieux qui disparaîtront faute d'entretien et donc la
raréfaction de nombreuses espèces qui nous ravissent tous.
En espérant que ces quelques éléments vous seront utiles, je vous invite à venir au Domaine de Lindre admirer oiseaux et poissons et toutes les richesses naturelles qui sont présentes en grand nombre sur ce grâce à des activités humaines économiquement rentables (pisciculture, agriculture d'élevage, sylviculture).
D'ailleurs, les 18 et 19 novembre, le Domaine de Lindre organise la Fête de
la Grande Pêche : tiré de filet, marché aux poissons, restauration, stands
nature, théâtre, produits du terroir....
Nous vous y attendons...
réponse de morby@club-internet.fr (Jean Pierre Morby), "Re: Alevinage et cormorans", 7 février 1999 |
Sans trop raconter ma vie, je peux dire que je suis né avec une canne à pêche dans les mains. Mon père était (et est toujours un passionné). J'ai donc passé les 18 premières années de ma vie à pratiquer chaque week-end et vacances toutes les formes de pêche ou presque: en étang, rivière, canal, bord de mer, etc... J'ai depuis ( j'ai maintenant 44 ans) cessé toute forme de pêche à l'exception de la truite à la mouche - et souvent en version "No kill", c'est à dire que l'on relâche les truites que l'on attrape - ou en ne gardant qu'une ou deux prises pour les manger. J'espère que je n'ai pas fait une trop longue intro, mais dont la raison est de montrer que j'ai côtoyé et que je côtoie les APP (associations de pêche et pisciculture) et autres sociétés de pêche.
Malheureusement, il en est des sociétés de pêche comme de celles de chasse, et les incompétences, malhonnêtetés, et démagogies sont ressemblantes. Si un simple pêcheur semble moins dangereux qu'un gros con de chasseur qui tire sur une cigogne noire, ce n'est qu'à première vue.
Car de nombreuses rivières et plans d'eau sont sous la responsabilité des pêcheurs: entretien
des berges (donc des roselières, des arbres), des fonds (vase, gravières pour la reproduction des salmonidés notamment), et ALEVINAGE.
La bonne question n'est pas de savoir si les piscicultures peuvent produire des alevins à toutes les saisons, mais pourquoi aleviner à telle époque plutôt qu'à telle autre? des alevins de quelle taille? pour quelle espèce? dans quel milieu?
Malheureusement, les réponses sont calquées sur celles de la chasse: alevins ou poissons adultes déversés massivement avec deux objectifs: permettre une rentabilité optimum pour les sociétés de pisciculture et une satisfaction immédiate pour les centaines de milliers de pêcheurs (le lendemain du ré-empoissonnement) idem faisans ou cailles du Japon pour les chasseurs.
Pour corser les choses, certains présidents de sociétés de pêche sont prêts à "introduire" des prédateurs - type Huchon (Hucho Hucho), un saumon du Danube - pour "réguler" les populations de certaines espèces de poissons jugées inintéressantes. Ces mêmes présidents sont hostiles aux cormorans.
Bien sûr, tous les pêcheurs et toutes les APP ne sont pas comme ça.
Certaines initiatives visent un plus long terme (remise en état d'une rivière ou d'un étang avant d'aleviner ou de placer des oeufs issus d'une espèce locale).
Voilà, j'espère ne pas avoir été trop long et avoir pu éclairer un peu les non pêcheurs.
Cordialement,
J.P
réponse de Dominique Py <Dominique.Py@irisa.fr>, "Re: Arguments cormorans", 25 janvier 1999 |
> Autrement dit, les pêcheurs sont en partie
> responsables de l'augmentation du nombre des Grands
cormorans.
L'explication aurait l'avantage de rendre les pêcheurs responsables d'un phénomène qu'ils dénoncent, mais je n'y crois guère (cf. archives) ...
A propos, les pêcheurs sur la liste pourraient-ils me dire s'il y a une période de l'année privilégiée pour l'alevinage/l'empoissonement et si oui laquelle ?
Pour en revenir à la biblio, deux documents extrêmement utiles :
1) "Activité piscicole et protection des oiseaux : tentative de conciliation" brochure de 30 pages réalisée par le Ministère de l'Environnement (1990), qu'on peut se procurer auprès de la SNPN (tél 01.43.20.15.39) au prix de 35F.
Sommaire :
Ce document traite aussi d'autres oiseaux que le cormoran (héron et mouette rieuse).Les deux espàces principalement abordées sont le Héron cendré et le grand Cormoran. De maniàre plus marginale, la Mouette rieuse et le Martin-pÍcheur.
Il concerne la pisciculture et non la pêche de loisirs, mais on y trouve d'intéressants exemples de l'écart qui peut exister entre la prédation annoncée par les pisciculteurs et la prédation effective mesurée par une étude sur le site. Les textes sont très accessibles.
2) "Le grand Cormoran en Europe : dynamique des populations et impact", Loic Marion, dans "Oiseaux à risques en ville et en campagne", ouvrage coordonné par Philippe Clergeau, éditions INRA (1997).
En librairie ou à commander à l'INRA.
L'article, très dense, fait une bonne synthèse d'études existantes et fournit des informations précieuses (mais dans un langage plus technique).
réponse de "Gérard Joannès" <g.joannes@ac-nancy-metz.fr>, "Re: Transmission demande / "Idées sur le Cormoran"", 23 janvier 1999 |
Si le Grand Cormoran devient aussi gênant, c'est en partie parce que n'importe qui, ou presque, peut ouvrir un petit étang, aleviner et attirer ainsi d'autres Grands Cormorans. Si cet oiseau avait moins à manger, il ne se porterait pas aussi bien. Autrement dit, les pêcheurs sont en partie responsables de l'augmentation du nombre des Grands cormorans.
réponse d'Olivier DEBRE <olivier-debre@geocities.com>, "Re: Transmission demande / "Idées sur le Cormoran"", 22 janvier 1999 |
Pardon pour ma reponse un peu rapide. Elle se veut plus un commentaire (sur un sujet deja aborde avec pas mal de passion, d'ailleurs) et une mise en garde, qu'une condamnation.
Le fond de mon intervention est le suivant: un (des!) probleme existe malheureusement dans notre pays, qui impose une reaction. Meme si le passe recent peut nous rendre pessimiste, je pense qu'il nous faut continuer dans une certaine logique, qui est celle d'etre plus malins, plus documentes, plus argumentes que nos adversaires. Ceci passe par un gros boulot de bibliographie, qui ne s'improvise pas en deux minutes, et peut se faire par exmple par l'intermediaire des diverses associations type LPO, et ce par des gens dont c'est le metier, c'est a dire des ornithologues. Apres tout, quand j'etais au CORA Rhone, on avait bien quelques specialistes du droit (des gars dont c'etait le metier le jour, et qui voulaient bien apporter leurs connaissances en la matiere pour ne pas avoir l'air de guignols) pour les diverses "operations judiciaires" (desole pour le vocabulaire approximatif, ce n'est vraiment pas mon boulot) dans lesquelles nous etions impliques.
Il va sans dire que ce genre de boulot indispensable ne remet surement pas en cause les manifs, petitions et autres manieres de montrer que non seulement on a RAISON (demontre par le travail precedent), mais qu'en plus on veut le faire savoir 1) a ceux qui decident, 2) au reste de la population francaise et europeenne.
Oui, on peut aussi agir comme des terroristes (comme nos adversaires), mais je pense que les processus de paix se construisent avec de la patience, de l'acharnement, et en evitant les pieges de l'extremisme aveugle (attention, hein, j'ai pas accuse quiconque de cela, je dis juste que c'est un risque, ok?).
J'espere avoir ete plus clair, et n'avoir blesse personne, ce qui n'est nullement mon but. Ce qui est en jeu en ce moment, est un choix de methodes pour obtenir quelque chose.
réponse de Sylvain Henaff <henaff@tonton.univ-angers.fr>, "Re: Transmission demande / "Idées sur le Cormoran"", 22 janvier 1999 |
Il me semble qu'un bon avocat cherche avant tout à défendre son client, en respectant un certain code de bonne conduite sans pour autant faire le boulot d'un juge. En ce sens la démarche d'André Lefranc ne me semble pas condamnable a priori.
Sylvain
réponse d'Olivier DEBRE <ol2vier-debre@geocities.com>, "Re: Transmission demande / "Idées sur le Cormoran"", 21 janvier 1999 |
Mettons un peu d'huile sur le feu: une demarche rationnelle, logique et scientifiquement acceptable consiste a defendre (ou attaquer) quelque chose que l'on connait. Ceci veut dire collecter les infos (TOUTES les infos, et meme plutot les donnees) AVANT de defendre l'opinion qu'on s'en fait. Chercher des arguments "blancs" pour contrer les arguments "noirs", quand la realite est "grise" revient a se tirer dans le pied quand une analyse solide et circonstanciee se fait jour.
réponse d'Emmanuel Chabot <echabot@worldnet.fr>, "Transmission demande / Idées sur le Cormoran", 21 janvier 1999 |
Si quelqu'un a envie de s'y recoller, je transfère un message reçu du Lorrain André Lefranc. La démarche semble fort louable.
Précisons qu'on rencontre parmi les ornithos beaucoup de pêcheurs, en tout cas de mer (mais aucun "phalacrocoracophobe").
###########################
Subject: Cormoran ? idees ?
Date: Wed, 20 Jan 1999 19:23:01 +0100
From: andre lefranc <Anlefranc@bplorraine.fr>
Bonjour, je suis un ami des oiseaux, pêcheur (hélas?) aussi...
Je ne sais pas si on me pardonnera mais...
Je souhaite avoir des arguments pour la défense de cet animal*... (*pas le pêcheur mais le piaf ;-)))
Où peut-on trouver des avocats de cet oiseau, avec des arguments solides et équilibrés de façon à afficher sur le site de l'association des moucheurs de Nancy des choses compréhensibles car argumentées de façon irréprochable.
réponse d'Alain FOSSE <AlFosse@chu-angers.fr>, "Re: Cormorans", 27 novembre 1998 |
> Mais avez-vous des references sur des etudes realisees en
France?
> Gerard
Effectivement, j'avais tout de suite pensé au numéro spécial d'Ardea sans chercher ailleurs mais j'ai aussi trouvé les suivantes concernant la France :
BROYER (J.) 1996.- Régime alimentaire du Grand Cormoran Phalacrocorax carbo dans les régions françaises de pisciculture extensive en étangs. Nos Oiseaux, 43 (6) : 397-406.
LEBRUN (CHR.) 1996.- Observations sur l'alimentation des Ardéidés et des Grands Cormorans sur le parc durant la période de reproduction. Bull. Ass. Marquenterre Nat., saison 1996 : 11.
GRADOZ (P.) 1996.- Possibilités de capture et d'ingestion chez le Grand Cormoran Phalacrocorax carbo. Ciconia, 20 (1) : 59-60.
***MARION (L.) .- Problèmes de mesure de l'impact des hérons et cormorans sur les activités piscicoles et des moyens de protection. (Actes des quinzièmes rencontres régionales d'ornithologie, Rennes, 26.11.95) Éd. , , 9-12 p.
***YÉSOU (P.) .- Évolution récente du statut du Grand Cormoran en Europe, et de l'étude de son impact sur les populations de poissons. (Actes des quinzièmes rencontres régionales d'ornithologie, Rennes, 26.11.95) Éd. , , 13-16 p.
MIAUD (M.-FR.) 1997.- Hivernage du Grand Cormoran Phalacrocorax carbo sur le plan d'eau de Saint-Cyr (Vienne) en 1996 : dénombrement et approche du régime alimentaire. Outarde, 40 : 66-71.
GRÉMILLET (D.), DEBOUT (G.) 1998.- Exploitation du milieu par deux espèces sympatriques de cormorans. Cormoran, 47 : 167-168.
GRÉMILLET (D.), ARGENTIN (G.) 1998.- Cormorans et pêcheries autour des îles Chausey. Cormoran, 47 : 196-202.
MATHIEU (L.), GERDEAUX (D.) 1998.- Étude comparée du régime alimentaire du Grand Cormoran Phalacrocorax carbo sinensis sur les lacs Léman, d'Annecy et du Bourget. Nos Oiseaux, 45 (3) : 163-171.
Amicalement.
*** je peux faire des photocopies de cette parution assez confidentielle...
réponse de luge@CAM.ORG, "Re: Cormorans", 27 novembre 1998 |
Mais avez-vous des references sur des etudes realisees en France?
Gerard
PS : je ne trouve pas que les reponses de certaines et certains d'entre-vous sont bien brillantes :-((
réponse de Jean-Yves.Baudais@insa-rennes.fr (Jean-Yves BAUDAIS), "Re: Cormorans", 27 novembre 1998 |
J'ajoute mon petit grain de sel. Les pecheurs payent un droit pour pecher. Ce qui leur conferent une priorite sur les poissons vis a vis du cormoran, qui lui ne donne pas d'argent pour son droit de peche ! Et les petits copains des pecheurs, les chasseurs, paient aussi des droits pour porter des armes, des costumes specifiques, se promener sur le domaine public et tirer sur les especes animales mechantes qui empechent l'homme-d'avant-l'environement de pratiquer ses activites sans etre embete. Tout ca, c'est d'une logique implacable, un systeme bien ficele et indemontable lorsqu'il est double d'une mauvaise foi. Ca brille d'intelligence.
........
Ce n'est pas comme cela qu'on peut faire avancer le debat. Je sais, mais il ne faut pas non plus oublier de qui on parle. Bien sur aussi tout le monde des pecheurs-chasseurs il est beau, il est gentil, ce sont toujours les autres les mechants, c'est bien connu cette mauvaise foi.
A+
jean-yves.baudais
INSA/RENNES
réponse d'"Alain FOSSE" <AlFosse@chu-angers.fr>, "Re: Cormorans", 27 novembre 1998 |
> Pour les Cyprinides tels que gardons et bremes, l'evolution
des populations
> dans plusieurs bassins hydrographiques montre bien que ces
especes sont
> beaucoup plus abondantes (en effectifs et en biomasse) que par
le passe, et
> beaucoup plus abondantes dans les cours d'eau eutrophes et/ou
rechaufffes
> que dans les eaux 'pures'. Que cela soit favorable au Cormoran
c'est
> possible, mais je ne connais pas de travaux qui confirment cette
soit disant
> evidence. Si quelqu'un connait des references serieuses sur le
sujet je suis
> preneur...
Peut-être trouverez-vous des réponses dans les articles suivants parus dans un numéro spécial d'Ardea 'Riding on the crest of the wave' :
DE NIE (H.) 1995.- Changes in the inland fish populations in Europe in relation to the increase of the Cormorant Phalacrocorax carbo sinensis. Ardea, 83 (1) : 115-122.
ZIJLSTRA (M.), VAN EERDEN (M. R.) 1995.- Pellet production and the use of otoliths in determining the diet of Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis: trials with captive birds. Ardea, 83 (1) : 123-131.
TRAUTTMANSDORFF (J.), WASSERMAN (G.) 1995.- Number of pellets produced by immature Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis. Ardea, 83 (1) : 133-134.
VELDKAMP (R.) 1995.- The use of chewing pads for estimating the consumption of Cyprinids by Cormorants Phalacrocorax carbo. Ardea, 83 (1) : 135-138.
VAN DOBBEN (W. H.) 1995.- The food of the Cormorant Phalacrocorax carbo sinensis: old and new research compared. Ardea, 83 (1) : 139-142.
VELDKAMP (R.) 1995.- Diet of Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis at Wanneperveen, The Netherlands, with special reference to Bream Abramis brama. Ardea, 83 (1) : 143-155.
WARKE (G. M. A.), DAY (K. R.) 1995.- Changes in abundance of Cyprinid and Percid prey affect rate of predation by Cormorants Phalacrocorax carbo carbo on Salmon Salmo salar smolt in northern Ireland. Ardea, 83 (1) : 157-166.
DIRKSEN (SJ.), BOUDEWIJN (TH. J.), NOORDHUIS (R.), MARTEIJN (E. C. L.) 1995.- Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis in shallow eutrophic freshwater lakes: prey choice and fish consumption in the non-breeding period and effects of large-scale
KELLER (TH.) 1995.- Food of Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis wintering in Bavaria, southern Germany. Ardea, 83 (1) : 185-192.
RICHNER (H.) 1995.- Wintering Cormorants Phalacrocorax carbo carbo in the Ythan estuary, Scotland: numerical and behavioural responses to þuctuating prey availability. Ardea, 83 (1) : 193-197.
VAN EERDEN (M. R.), VOSLAMBER (B.) 1995.- Mass fishing by Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis at lake IJsselmeer, The Netherlands: a recent and successful adaptation to a turbid environment. Ardea, 83 (1) : 199-212.
VOSLAMBER (B.), PLATTEEUW (M.), VAN EERDEN (M. R.) 1995.- Solitary foraging in sand pits by breeding Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis: does specialised knowledge about fishing sites and fish behaviour pay off? Ardea, 83 (1) : 213-222.
PLATTEEUW (M.), VAN EERDEN (M. R.) 1995.- Time and energy constraints of fishing behaviour in breeding Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis at lake IJsselmeer, The Netherlands. Ardea, 83 (1) : 223-2234.
PLATTEEUW (M.), KOFFIJBERG (K.), DUBBELDAM (W.) 1995.- Growth of Cormorants Phalacrocorax carbo sinensis chicks in relation to brood size, age ranking and parental fishing effort. Ardea, 83 (1) : 235-245.
MUSIL (P.), JANDA (J.), DE NIE (H.) 1995.- Changes in abundance and selection of foraging habitat in Cormorants Phalacrocorax carbo in south Bohemia (Czech Republic). Ardea, 83 (1) : 247-253.
Amicalement.
|=================================
| Alain Fossé, LPO Anjou, Angers, France
| <alfosse@bigfoot.com>
| Site LPO Anjou : <http://www.pact.fr/lpo-anjou/>
| Liste Obs49 : <http://www.egroups.com/list/obs49>
| Liste LPO49 : <http://www.egroups.com/list/lpo49>
| (si besoin, joindre documents
| en format (PC) lisibles par Word 2/Excel 4)
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réponse de Dominique Vallet <dominique.vallet@univ-rennes1.fr>, "Re: Cormorans", 27 novembre 1998 |
A 09:26 27/11/98 +0100, Dominique Py a écrit :
>Bien sûr, et ensuite ils ont lâché des
caisses entières de lynx
>par hélicoptère, je les ai vus de mes yeux.
Oui, et ensuite les chasseurs pour les aider, ont lâché des caisses entières de perdrix et faisans parce qu'ils croyaient que les souris ne suffisaient pas.
réponse de Dominique Py <Dominique.Py@irisa.fr>, "Re: Cormorans", 27 novembre 1998 |
> Dominique, vous citiez les 3 espèces qui faisaient votre affaire ;-)))
Non, les trois citées par Marion dans son article page 155 : "Les principales populations reproductrices et hivernantes de sinensis se situant dans les plaines (lacs, grands fleuves), les espèces caractéristiques de ces milieux (perches, gardons, brêmes) dominent le régime. Ce sont celles qui ont en outre le plus profité de l'eutrophisation des eaux continentales, et le déplacement en bancs des jeunes individus attire fortement les cormorans."
> Vous me rappelez les écolos??? qui pour justifier la
réintroduction du
> lynx, affirmaient que cet animal ne se nourrissait que de souris
et de
> petits fruits (sic).
Bien sûr, et ensuite ils ont lâché des caisses
entières de lynx
par hélicoptère, je les ai vus de mes yeux.
Dominique
réponse de luge@CAM.ORG, "Re: Cormorans", 26 novembre 1998 |
Dominique, vous citiez les 3 espéces qui faisaient votre affaire ;-)))
Vous me rappelez les écolos??? qui pour justifier la réintroduction du lynx, affirmaient que cet animal ne se nourrissait que de souris et de petits fruits (sic).
Gérard
réponse de Dominique Py <Dominique.Py@irisa.fr>, "Re: Cormorans", 26 novembre 1998 |
> Petite correction, les perches (Perca fluviatilis) ne sont
pas des
> Cyprinides mais des Percides.
Oups ! Je retire la perche...
> De plus je ne vois pas pourquoi dans des rivieres 'pures' les
Cormorans ne
> trouveraient pas autant a se nourrir sur la base d'autres
especes de
> poissons : goujons, vandoises, barbeaux, chevesnes (qui sont
d'ailleurs tous
> aussi des Cyprinides) sont plutot du genre a etre abondants
quand les eaux
> sont de bonne qualite
Oui, le cormoran est un opportuniste qui prélève les proies les plus abondantes ou les plus facile à capturer. Je citais que trois espèces parmi les principales proies du cormoran en France.
> Bizarrement un element qui pourrait etre important quand on
parle des
> Cormorans en France, n'a pour l'instant pas ete evoque dans
cette discussion
> : il s'agit de l'apparition de nouveaux milieux favorables - les
gravieres
> et sablieres qui fleurissent le long des grands cours d'eau. Ces
milieux
> 'nouveaux' sont tres bien utilises par les Cormorans. Il parait
alors
> difficile de parler d'un simple retour a une situation
anterieure : les
> populations de Grands Cormorans ont rapidement augmentees des
lors quils ont
> ete proteges la ou ils nichaient, mais il ont aussi trouve chez
nous de
> nouveaux milieux favorables pour hiverner. Certaines gravieres
sont meme
> devenues de nouveaux sites de nidification
Effectivement, mais dans le même temps, combien de zones humides ou de sites de nidification naturels ont-ils été détruits ? L'un compense-t-il l'autre ?
Dans la mesure où on ne dispose pas de données précises sur les populations de cormorans avant les destructions, on ne peut évidemment pas faire de comparaison exacte. Cela dit, entre le discours sur la "pullulation" et la réalité, il y a de la marge...
Dominique
réponse de laloi@jouy.inra.fr, "Re: Cormorans", 26 novembre 1998 |
>En revanche, la pollution d'origine humaine joue certainement
un rôle :
>l'eutrophisation et le réchauffement des eaux favorisent
un peu partout
>l'abondance des cyprinidés, perches, gardons,
brêmes, qui forment
>l'essentiel du régime alimentaire du grand cormoran en
France.
Petite correction, les perches (Perca fluviatilis) ne sont pas des Cyprinides mais des Percides. Ce sont des poissons predateurs, dont alimentation est essentiellement a base d'invertebres pour les jeunes perches, puis de poissons pour les sujets plus ages et plus gros
De fait elles sont moins directement favorisees par les modifications des milieux que les Cyprinides, mais beneficient peut-etre de l'abondance croissante de ces derniers qui constituent une part de leur alimentation. Je n'ai toutefois pas entendu parler de sur-abondance des perches (ni des autres poissons carnassiers) en liaison avec le rechauffement ou avec l'eutrophisation des cours d'eau. Les cas particuliers d'etangs ou de barrages avec de fortes populations de perches, qui peuvent alors etre atteintes de nanisme, sont sans liaison avec la degradation de la qualite des eaux
J'imagine par contre que la perche doit particulierement preoccuper les pisciculteurs, car sa valeur commerciale est de loin superieure a celles des gardons (je ne parle pas des bremes qui n'ont aucune valeur commerciale)
Pour les Cyprinides tels que gardons et bremes, l'evolution des populations dans plusieurs bassins hydrographiques montre bien que ces especes sont beaucoup plus abondantes (en effectifs et en biomasse) que par le passe, et beaucoup plus abondantes dans les cours d'eau eutrophes et/ou rechaufffes que dans les eaux 'pures'. Que cela soit favorable au Cormoran c'est possible, mais je ne connais pas de travaux qui confirment cette soit disant evidence. Si quelqu'un connait des references serieuses sur le sujet je suis preneur...
De plus je ne vois pas pourquoi dans des rivieres 'pures' les Cormorans ne trouveraient pas autant a se nourrir sur la base d'autres especes de poissons : goujons, vandoises, barbeaux, chevesnes (qui sont d'ailleurs tous aussi des Cyprinides) sont plutot du genre a etre abondants quand les eaux sont de bonne qualite
Bizarrement un element qui pourrait etre important quand on parle des Cormorans en France, n'a pour l'instant pas ete evoque dans cette discussion: il s'agit de l'apparition de nouveaux milieux favorables - les gravieres et sablieres qui fleurissent le long des grands cours d'eau. Ces milieux 'nouveaux' sont tres bien utilises par les Cormorans. Il parait alors difficile de parler d'un simple retour a une situation anterieure : les populations de Grands Cormorans ont rapidement augmentees des lors quils ont ete proteges la ou ils nichaient, mais il ont aussi trouve chez nous de nouveaux milieux favorables pour hiverner. Certaines gravieres sont meme devenues de nouveaux sites de nidification
Salutations
David LALOI
Laboratoire de Neurobiologie Comparée des
Invertébrés
INRA
B.P. 23
F - 91440 Bures-sur-Yvette
laloi@jouy.inra.fr
réponse de Dominique Py <Dominique.Py@irisa.fr>, "Re: Cormorans", 26 novembre 1998 |
> (rem : la dominique ne doit pas etre branchée sinon elle aurait déjà réagi)
la dominique se réveille :-)
Pour continuer sur la réponse de Sylvain (dont je partage entièrement l'avis) : Il ne faut pas perdre de vue que la première cause de l'augmentation de la population de grands cormorans, c'est l'arrêt des destructions systématiques sur les colonies, destructions qui ne datent pas d'hier :
l'espèce avait disparu du Danemark vers 1876, de Suède vers 1890, d'Allemagne en 1891. Aujourd'hui, la remontée rapide des effectifs et le fait qu'il colonise des endroits d'où il avait été longtemps absent sont perçus par certains comme une "prolifération" : en réalité, il s'agit d'un retour à une situation antérieure.
> Gerard :
>
> Je me répéte mais le problème est
causé par la surabondance de
> proies maintenues artificiellemement.
Non. Le cormoran continue à se nourrir principalement dans les grandes zones d'eaux libres, comme l'indique la carte de répartition des hivernants en France : les côtes, les estuaires et les fleuves (Rhône, Loire, Seine, Rhin) accueillent l'essentiel des dortoirs.
Les régions d'étangs piscicoles (Brenne, Dombes), malgré leur attractivité pour ces oiseaux, sont beaucoup moins occupées.
Quant aux déversements de poissons pour la pêche, les quantités en jeu sont complètement négligeables par rapport aux quantités déjà présentes naturellement.
En revanche, la pollution d'origine humaine joue certainement un rôle : l'eutrophisation et le réchauffement des eaux favorisent un peu partout l'abondance des cyprinidés, perches, gardons, brêmes, qui forment l'essentiel du régime alimentaire du grand cormoran en France.
> Bernard ROUSSEAU :
>
> Je suis toujours inquiet de voir chez nos propres
confrères, s'installer
> le doute : Olivier Debré pense que les grands Cormorans
ont des torts.
Je pense aussi qu'il faut être très prudents face au discours des pisciculteurs-pêcheurs qui préfèreront toujours exagérer les dégâts (parfois réels mais très localisés) et à réclamer des destructions globales (le vieux réflexe "nuisibles") plutôt que d'adopter des mesures de prévention.
De plus, l'impact réel de la prédation sur les étangs est extrêmement difficile à quantifier. La pisciculture extensive est une activité mal maîtrisée, et les variations annuelles de production sont très fortes, indépendamment de la prédation. Les exploitants ont évidemment tendance à imputer toute baisse de la production aux cormorans, sans chercher d'autre explication.
Un article à lire sur le sujet :
Loic Marion, "Le grand cormoran en Europe : dynamique des populations et impacts" dans "Oiseaux à risques en ville et en campagne", coordonné par Philippe Clergeau, Editions INRA, 1997
et aussi :
"Les oiseaux piscivores et les activités piscicoles : impact et protection" plaquette diffusée par le Ministère de l'environnement.
Dominique
réponse de luge@CAM.ORG, "Re: Cormorans", 24 novembre 1998 |
Cours d'eau sous entend toute etendue d'eau. Cela m'etonnerait que le long de la Loire il n'y ait pas de plans d'eau ensemences.
Gerard
réponse de "Bernard ROUSSEAU" <brousse@wanadoo.fr>, "Re: Cormorans", 24 novembre 1998 |
Des ensemencements dans la Loire ? Quelle blague !
>Je pense qu'il n'y a pas tous ces signes d'appauvrissement
des
>populations de cormorans parcequ'il y a des ensemencements
dans
>les cours d'eau et que les pisciculteurs maintiennent des
densites
>élevés de poissons. La capacite de support des
milieux est
>artificiellement maintenue d'où des populations saines de
cormorans.
réponse de luge@CAM.ORG, "Re: Cormorans", 24 novembre 1998 |
>2 - J'habite en Touraine où les Cormorans sont aussi
très
>critiqués. S'ils détruisaient comme on le
prétend, la quasi-totalité des
>poissons, que consommeraient-ils l'hiver suivant ?
Normalement,
>sous-alimentés ils devraient être moins
féconds, être plus atteints par les
>épizooties, et leur population devrait s'appauvrir
d'elle-même; mais il n'en
>est rien et la stabilité de leur population est la
meilleure preuve qu'ils
>ne sont pas aussi destructeurs qu'on le prétend.
Je pense qu'il n'y a pas tous ces signes d'appauvrissement des populations de cormorans parce qu'il y a des ensemencements dans les cours d'eau et que les pisciculteurs maintiennent des densites élevées de poissons. La capacite de support des milieux est artificiellement maintenue d'où des populations saines de cormorans.
>1 - Lorsqu'un entrepreneur voit son entreprise menacée,
c'est à lui
>de trouver un moyen de se protéger en s'adaptant et en
trouvant des
>solutions, sans forcément détruire ce qui le
gêne.
Si effectivement toute la ressource poissons était protégée de la prédation des cormorans il n'y aurait pas lieu d'intervenir pour les contrôler; ils creveraient tous de faim, ou du moins leur population serait pas mal clairsemée.
Je me répéte mais le problème est causé par la surabondance de proies maintenues artificiellemement.
Gérard
réponse de "Bernard ROUSSEAU" <brousse@wanadoo.fr>, "Re: Cormorans", 24 novembre 1998 |
Je suis toujours inquiet de voir chez nos propres confrères, s'installer le doute:Olivier Debré pense que les grands Cormorans ont des torts.
Dans la majorité des cas, le problème des pisciculteurs est plutôt de commercialiser leurs poissons que de les préserver de la prédation car les Français consomment peu de poissons d'eau douce. Je ne connais pas les études réalisées pour mesurer l'impact de la prédation du Cormorans. Je ferai seulement deux remarques:
1 - Lorsqu'un entrepreneur voit son entreprise menacée, c'est à lui de trouver un moyen de se protéger en s'adaptant et en trouvant des solutions, sans forcément détruire ce qui le gêne.
2 - J'habite en Touraine où les Cormorans sont aussi très critiqués. S'ils détruisaient comme on le prétend, la quasi-totalité des poissons, que consommeraient-ils l'hiver suivant ? Normalement, sous-alimentés ils devraient être moins féconds, être plus atteints par les épizooties, et leur population devrait s'appauvrir d'elle-même; mais il n'en est rien et la stabilité de leur population est la meilleure preuve qu'ils ne sont pas aussi destructeurs qu'on le prétend.
J'apprécie toutefois l'avantage de la remarque d'Olivier Debré: Une polémique est lancée qui ne manqera pas de donner de la lecture dans les jours à venir.
réponse de luge@CAM.ORG, "Re: Cormorans", 24 novembre 1998 |
>1) Les cormorans peuvent-ils commettre des dégats
importants dans >les étangs de
>pisciculture : à mon avis OUI.
C'est évident, des qu'une population est nombreuse
>2) La méthode utilisée (destructions
d'individus) est elle une bonne >méthode :
>pour moi NON.
Non, ces etangs presentent un interet pour ces oiseaux : beaucoup de nourriture disponible et facile a obtenir, d'ou un minimum de perte d'energie pour se nourrir.
3) Si les destructions continuent y-a-t-il un risque pour l'espèce : on peut s'en inquiéter.
Je pense qu'il y a suffisamment de groupe ecolos pour surveiller
>Quant au tirs en eaux libre, c'est un non-sens
>biologique commis par ceux qui ne supportent pas la
présence >d'autres prédateurs
>qu'eux-memes.
L'Homme ne supporte aucune competition. Le seuil de tolerance est zero des qu'il sagit de partager avec la nature :-((
Pour contrôler les cormorans, il suffirait de tendre des fils (crin de pêche 10 livres) espacés d'environ 30 cm à 60 cm. Cette méthode, peu coûteuse, s'est avérée efficace pour empêcher les bernaches de se poser sur les plans d'eau des jardins publics.
Gerard
réponse de Sylvain Henaff <henaff@tonton.univ-angers.fr>, "Re: Cormorans", 24 novembre 1998 |
J'aimerais vous faire part de mes réflexions au sujet du Cormoran. (rem : la dominique ne doit pas etre branchée sinon elle aurait déjà réagi)
1) Les cormorans peuvent-ils commettre des dégats importants dans les étangs de pisciculture : à mon avis OUI.
2) La méthode utilisée (destructions d'individus) est elle une bonne méthode : pour moi NON.
3) Si les destructions continuent y-a-t-il un risque pour l'espèce : on peut s'en inquiéter.
Plus précisemment, une fois encore, on (le ministère) a essayé de résoudre un problème réel causé par une espèce sauvage en traitant les effets et pas les causes, en y mettant un minimum de moyens scientifiques et financiers et en essayant de contenter ceux qui crient le plus fort en pensant naïvement que le tir de quelques oiseaux suffiraient à calmer les plus virulents ennemis du Cormoran. L'erreur a été de feindre de croire que ceux-ci, présidents de fédérations de chasse ou de pèche en particulier (je suis pécheur) avait pour cible ce volatile alors que leur but était et reste politique : il s'agit de prendre en défaut la protection de la nature en France et ainsi de réclamer la dé-protection de plus en plus d'espèces.
Le cormoran est piscivore, certes, mais les dégats en pisciculture sont-ils inéluctables ? Lorsqu'on étudie le sujet on s'aperçoit que les étangs les plus vulnérables sont ceux où l'élevage du poisson est intensif. Ces étangs à quatre bords, telles de grands lavabos sont régulièrement "nettoyés" de leur végétation par des moyens chimiques et mécaniques. Le poisson ne trouvant plus d'abris est alors victime des techniques de chasse en groupe des cormorans. Les méthodes de protections habituelles (filets) sont de plus très couteuses pour cette espèce (le cormoran peut se déplacer sur l'intégralité de la surface d'un étang contrairement aux hérons qui pèchent à pied) et incompatibles avec la vocation cynégétique de la plupart des étangs en Brenne où en Dombes par exemple. On peut penser qu'une gestion plus écologique de ces étangs avec plus de place pour la végétation et la pose d'abris subaquatiques (pour les poissons) pourrait contribuer à limiter efficacement la prédation du Grand Cormoran. A mon avis se sont ces voies là, durables et efficaces qu'il faut explorer. Quant aux financements, Natura 2000, Les CTE, sont des pistes possibles, l'idée est que l'Etat édictant des règles nécessaires de protection des espèces doit en assumer les conséquences.
La politique du ministère a aboutit à passer de tirs d'effarouchement sur les étangs de pisciculture à l'élimination de 12% des effectifs (chiffres avancés - vantés ?) par D. Voynet devant les associations de pécheurs à leur dernier congrès) y compris sur les eaux "libres" où ils n'auraient jamais dus avoir lieu. Et les ressentiments des fédérations de pèche sont toujours aussi vifs (ils parlent de véritable cancer piscicole !). C'est la fuite en avant !
Le Grand Cormoran étant une espèce de grand taille qui met plusieurs années avant de se reproduire, il n'est pas certain que sa population puisse supporter longtemps de telles destructions. Quant au tirs en eaux libre, c'est un non-sens biologique commis par ceux qui ne supportent pas la présence d'autres prédateurs qu'eux-memes.
Tant que notre pays ne se sera pas doté d'un véritable service de la faune et du patrimoine naturel indépendant et financé à la hauteur de l'enjeu, on assistera à une augmentation des conflits et à un appauvrissement de la protection de la nature. (la semaine prochaine : le problème des dégats de gibier ...)
réponse d'Olivier DEBRE <cool-guy-olive@geocities.com>, "Re: Cormorans", 23 novembre 1998 |
Hello.
Je suis ancien membre du CORA (Centre Ornithologique Rhone Alpes), que l'on ne peut pas je pense suspecter d'ornithophobie. Je ne suis pas pecheur, pas chasseur (il ne boit pas, ne fume pas, mais ... :-) )
Les propos qui suivent sont miens, resultent de ma comprehension de leurs etudes, et ne sont en aucune facon destines a engager le CORA en aucune facon.
Ceci etant pose; la particularite du CORA est d'etre situe dans une region qui a le bonheur de contenir un ensemble de zones humides superbe et bien connu: la Dombes. Venons en au fait: la Dombes est une zone d'etangs artificiels multiseculaires, qui ont ete crees pour la production piscicole. Evidemment, le probleme "cormorant" est ici particulierement debattu et a donne lieu a plusieurs etudes, dont l'une presentee il y a quelques annees a un Colloque Interegional d'Ornithologie.
Des membres du CORA sont alles sur place parmi les pecheurs, et ont vus de leurs yeux les degats (pas seulement baisse des prises du fait du prelevement par les Cormorants, mais egalement poissons blesses et donc invendables). Que retirer de cela? Sans doute pas la necessite d'une eradication de l'espece, evidemment, mais en tout cas, il est faux de croire que ces oiseaux sont parfaitement "inoffensifs". Compte tenu des effectifs europeens en croissance constante et rapide depuis leur protection par certains pays plus au nord, et de leur implantation comme nicheurs dans un nombre croissant de sites, il est illusoire de croire que ceci n'a aucune consequence sur la population des etangs. Il faut aussi jeter un oeil sur leur comportement alimentaire en termes d'especes pechees (ceci etait aborde dans l'etude suscitee).
Enfin bref, tout ceci me porte a dire que sans nullement contester les chiffres mentionnes, la situation est me semble-t-il nettement differente en Dombes. Voici a tout hasard l'url du CORA, pour obtenir leurs donnees: http://www.multimania.com/cora/cora.html
Et je pense de toute facon qu'il y a bien un ou deux membres CORA sur Ornithologie, non?
Hope this helps!
Olivier DEBRE
cool-guy-olive@geocities.com
US EPA, Cincinnati, OH, USA
contribution de "Francis Desjardins" <fdesjard@club-internet.fr>, "Cormorans", 23 novembre 1998 |
Lorsque vous rencontrez des pêcheurs, ceux-ci n'ont pas de mots assez durs pour condamner les Grands Cormorans. Ceux-ci vident parait-il les étangs de tous les poissons et sont responsables de dégats "épouvantables". La lecture de la presse locale est souvent pleine d'enseignements. Ainsi la presse de la région Champagne Ardenne s'est fait l'écho ce dimanche 22 novembre de la pêche annuelle d'un étang d'Argonne (17 hectares), région riche en lacs. En guise de conclusion, on pouvait lire le résutats des pêches de ces dernières années (en kilos/hectare) : 1995 : 157 kg/ha 1996 : 231 kg/ha 1997 : 344 kg/ha 1998 : 436 kg/ha La "bête noire" des pêcheurs fait-elle réellement autant de dégats que certains veulent bien le dire? Au vu des chiffres ci-dessus, pas tellement semble-t-il... Francis Desjardins
réponse de Dominique Py <Dominique.Py@irisa.fr>, " Re: cormorans", 28 avril 1998 |
> From: Dominique Vallet
<dominique.vallet@univ-rennes1.fr>
> Vient de paraitre dans "le magazine vert de France2"
> http://www.france2.fr/infos/vert.htm
Impossible de traiter sérieusement le conflit sur le cormoran
en 15 lignes, cette brève en est la preuve ...
> UNE POLEMIQUE SUR LE CORMORAN OPPOSE DEFENSEURS DE
> L'ENVIRONNEMENT ET PECHEURS.
> CES DERNIERS SE PLAIGNENT DE LA PROLIFERATION DU VOLATILE,
> QUI MANGE CHAQUE ANNEE DES MILLIONS DE POISSONS
> SELON LES PECHEURS, 100.000 CORMORANS NICHENT EN FRANCE ET
> MANGENT ENTRE 5.000 ET 8.000 TONNES DE POISSONS CHAQUE
> ANNEE.
> POUR SES DEFENSEURS, 52.000 CORMORANS SEULEMENT NICHENT
> DANS TOUTE L'EUROPE
> QUOTAS DE TIRS
> DEVANT LES DEGATS FAITS PAR LES CORMORANS AUX POISSONS,
> LE VOLATILE A ETE SORTI DE LA LISTE DES ANIMAUX A PROTEGER.
> RESULTAT: DANS 23 DEPARTEMENTS, DES TIRS ONT ETE AUTORISES
> PAR LA COMMISSION DE BRUXELLES POUR TUER 9.000 OISEAUX.
> EN 1997, CES QUOTAS N'ONT PAS ETE RESPECTES: SEULEMENT 4.650
> INDIVIDUS ONT PU ETRE ABATTUS.
> LA RAISON: L'ANIMAL EST MALIN ET SAIT FORT BIEN ECHAPPER AUX
> CHASSEURS...
> Que pensez vous des chiffres de cormorans nicheurs ( du
simple
> au double selon les sources).
Les deux sont faux :-)
Ou plutôt, ça dépend de quoi on parle.
Deux espèces de cormorans nichent en France : le cormoran huppé (Phalacrocorax aristotelis) et le grand cormoran (Phalacrocorax carbo). Au sein de cette dernière espèce, on distingue 2 populations, l'une plutôt marine (Ph. carbo carbo) et l'autre plutôt continentale (Ph. carbo sinensis).
C'est cette dernière population (qui niche en Europe du nord et dont une partie hiverne en France) qui est la cible des pêcheurs.
Loic Marion donne les chiffres suivants (j'arrondis) :
Pour carbo, 50 000 couples nicheurs en Europe dont 1500 en
France.
Pour sinensis, 150 000 couples nicheurs en Europe dont 1500 en
France.
Le chiffre qui nous intéresse dans cette affaire est plutôt le nombre de cormorans qui hivernent en France, puisque c'est ce nombre qui détermine les autorisations de tir.
Au dernier recensement (hiver 96/97), l'effectif atteignait environ 75 000 oiseaux répartis en 456 dortoirs et comprenant 18 000 cormorans côtiers et plus de 57 000 continentaux (selon la synthèse de L. Marion).
Quelques remarques :
- Sur les différences de chiffres, un éclairage de la LPO :
"En Vendée, un conflit oppose les ornithologues et l'ONC Chanteloup quant à la méthode de calcul des effectifs hivernants dans le département. Le choix de la méthode est essentiel puisque c'est lui qui conditionne les prélèvements en application du quota des 10% de l'effectif des oiseaux présents l'an précédent. Pour l'ONC, le taux de prélèvement est calculé à partir du cumul des effectifs mensuels de septembre à février et aboutit à un total de 4 800 oiseaux présents durant l'hiver 96/97 alors que l'effectif instantané réel (mois le plus fort) donne 890 oiseaux soit 5,4 fois moins."
- Il est faux de parler de "prolifération". L'espèce ne fait que revenir à une population normale depuis qu'elle est protégée et ne fait plus l'objet de destructions massives.
-Sur la quantité de poissons prélevée, Loic Marion indique :
"L'approche théorique globale consistant à multiplier l'effectif hivernant, la durée moyenne de présence en France et les besoins quotidiens permet de chiffrer le prélèvement annuel à environ 2 000 tonnes de poisson, soit moins de 1% du stock présent"
"Les taux de prédation relatés pour le cormoran restent dans la plupart des cas très inférieurs aux prélèvements des poissons carnassiers et à ceux de la pêche"
(L. Marion, "Le grand cormoran en Europe : dynamique des populations et impacts")
- Il est faux de dire que le cormoran a été retiré de la liste des espèces protégées. En réalité, la "race" sinensis a été retirée de l'annexe I de la directive Oiseaux (espèces nécessitant que l'on prenne des mesures pour la conservation de leur habitat), mais n'a pas pour autant été inscrite à l'annexe II (espèces chassables). En France, le cormoran est toujours une espèce protégée et les tirs ne peuvent se faire que par dérogation du ministère de l'environnement.